Disjecta Membra
Florian HUET

Disjecta membra : expression latine signifiant littéralement membres épars, fragments épars, et utilisée pour désigner des fragments de poésies, de manuscrits, d'objets littéraires ou de poteries antiques ayant survécu au temps.

L'oeil fétichiste découpe le corps, en collectionne les parties.
Cette organisation du désir par la négation de l'entier, du sujet, est fondamentalement ambigüe et violente par sa morbidité. Elle révèle un conditionnement du regard devenu instrument d'une triste réification.
Néanmoins quand la logique fétichiste se poursuit, elle peut, par intensification, metre à mal, contrecarrer, ce cercle pernicieux. L'endroit du désir devient de plus en plus circonscrit, les agencements qu'il traverse de plus en plus codifiés et spécifiques, jusqu'à à être pleinement singulier et capable, peut-être, de faire surgir à partir de l'infime la nature intensifiée du sujet.

Disjecta Membra cherche une alchimie du regard qui pourrait être à même de déjouer le piège.
Il y a la recherche d'une éthique du regard, qui ne soit ni la fragmentation morbide ni l'idéal totalitaire et carcéral d'une vision panoptique.
Une éthique qui rappelerait celle du samouraï, ou plutôt du film de samouraï, où le samouraï, à l'instar du cinéaste, doit couper, trancher (il ne peut se défiler). L'enjeu sera de trouver la manière de trancher qui puisse déjouer la violence morbide du geste : celui qui rend à chaque corps son intégrité et qui démembre les pouvoirs.

Une alchimie du regard, car le chemin transformatif passe par la putréfaction, prend naissance dans la souillure et la vulgarité. Chercher la délicatesse du trait tout en plongeant dans la chair souillée et son irrémédiable entropie.

Disjecta Membra trouve ses origines dans une série de dessins sexuels exposée à Bruxelles le 1er avril 2016 par le Callipyge Club.

Informations techniques :

format : 15 x 21 cm
impression : offset noir et blanc
nombre de pages : 112

date de sortie : 2017